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octobre 2026

Seniorpreneurs : et si l'âge était un capital entrepreneurial ?

L’Optimisme en Mouvement #32 · La newsletter d’Elisabeth Laville​

Je me souviens avoir lu une interview de Richard Branson, que j’admire et qui accepta gentiment d’être parrain d’UTOPIES à nos débuts, où il expliquait qu’il avait fait du rock avec Virgin quand il était jeune, des avions quand il devint businessman et qu’il ferait sans doute des maisons de retraite quand il en aurait l’âge ! Je ne sais pas si c’est l’effet du Cheval De Feu sur laquelle je caracole joyeusement cette année, ou la lecture du livre de Laetitia Vitaud « L’Atout Age » que j’ai lu cet été sur la plage, mais cette question du lien entre âge et entrepreneuriat m’intéresse, forcément. Car quand on parle d’entrepreneuriat, on pense plus spontanément à la jeunesse. Au fondateur de start-up de 25 ans, au jeune diplômé qui quitte son école pour « se lancer », au petit génie de la tech qui lève des millions avant d’avoir eu le temps de travailler ailleurs. De Steve Jobs à Mark Zuckerberg, quelques trajectoires exceptionnelles ont fini par construire un imaginaire collectif dans lequel entreprendre serait d’abord une affaire de fougue post-adolescente – avec ce qu’il faut d’audace, d’inconscience et de nuits blanches… que des deux héroïnes Grace et Frankie (interprétées par Jane Fonda et Lily Tomlin, nées en 1937 et 1939) créant donc à près de 80 ans en 2017, dans la série, leur entreprise de sextoys adaptés aux femmes seniors avec potentiels problèmes articulaires !

Cette image de la jeunesse entrepreneuriale est tellement installée qu’on finirait presque par croire qu’après 50 ans, entreprendre devient une forme d’excentricité – voire une solution de repli lorsque le marché du travail ne veut plus de vous. Comme si l’âge de la transmission devait nécessairement succéder à celui de l’invention : transmettre ce que l’on sait, et préparer la relève – bref, refermer progressivement la page de sa vie professionnelle.

Les chiffres racontent pourtant une tout autre histoire. D’abord parce que, comme le disait récemment Gilles GATEAU, ancien directeur général de l’Apec – Association Pour l’Emploi des Cadres et président du HAUT CONSEIL DU DIALOGUE SOCIAL, dans une conférence de L’ADN, quelqu’un qui quitte son job à 55 ans a encore un tiers de sa vie professionnelle devant elle ou lui !

Ensuite parce qu’en matière d’entrepreneuriat, l’âge n’est pas un handicap mais au contraire, dans bien des cas, un précieux capital. Car les années accumulées ne sont pas seulement du temps passé mais aussi des compétences, des réseaux, de la crédibilité et des idées susceptibles d’être transformées en nouvelles entreprises. Une question d’autant plus intéressante à l’heure de l’IA, qui semble bien devoir revaloriser certaines qualités associées à l’expérience – le discernement, l’esprit critique, la capacité à contextualiser, à poser les bonnes questions et à distinguer une réponse plausible d’une réponse juste.

À l’heure donc où nous vivons plus longtemps, où les carrières s’allongent et où l’intelligence artificielle rebatt les cartes de la valeur du travail, la question mérite me semble-t-il d’être posée autrement : non pas forcément en se demandant « jusqu’à quel âge peut-on encore entreprendre ? » mais « pourquoi, au fond, se priver d’une telle réserve d’entrepreneurs potentiels ? ».

 

1. L’ENTREPRENEUR-TYPE EST BEAUCOUP PLUS ÂGÉ QU’ON NE LE CROIT

Commençons par la France. En 2025, Bpifrance a publié une passionnante étude consacrée aux entrepreneurs de plus de 50 ans. L’enquête porte sur 1 347 dirigeants âgés de 18 à 72 ans, tous à la tête d’une entreprise comptant au moins un salarié. Elle est complétée par 29 entretiens d’experts et 28 entretiens d’entrepreneurs.

Premier enseignement : l’entrepreneur de plus de 50 ans est tout sauf un animal rare. L’âge moyen des entrepreneurs interrogés est de 54 ans et la moitié d’entre eux ont entre 48 et 61 ans. L’entrepreneuriat après 50 ans est donc loin d’être marginal – et Bpifrance parle à juste titre d’un phénomène « discret mais massif ».

Nous y reviendrons, mais cela devrait déjà nous interroger sur nos représentations. Car lorsque nous imaginons les politiques d’entrepreneuriat, les incubateurs, les concours, les lieux, les récits et même les photos qui les accompagnent, nous continuons très largement à mettre en scène des trentenaires. Ce biais est encore plus frappant lorsque l’on regarde non plus seulement qui entreprend… mais qui réussit ;-)

 

2. LES ENTREPRENEURS QUI RÉUSSISSENT NE SONT PAS NÉCESSAIREMENT LES PLUS JEUNES – AU CONTRAIRE…

Une étude américaine devenue une référence sur le sujet a analysé en 2020 les trajectoires d’environ 2,7 millions de fondateurs de start-ups à forte croissance aux États-Unis. Pierre Azoulay, Benjamin Jones, J. Daniel Kim et Javier Miranda ont croisé des données administratives sur les entreprises, leurs propriétaires et leurs salariés afin de comprendre le lien entre l’âge du fondateur et la réussite de son entreprise.

Le résultat est intéressant et assez spectaculaire. L’âge moyen d’un créateur d’entreprise est d’environ 42 ans. Mais plus la performance entrepreneuriale augmente, plus l’âge moyen du fondateur augmente lui aussi. Pour les entreprises appartenant au millième affichant la plus forte croissance, l’âge moyen du fondateur au moment de la création atteint 45 ans, tordant le cou à l’idée reçue selon laquelle l’entrepreneuriat à succès serait l’apanage des très jeunes.

Et surtout, selon l’étude, lorsqu’on compare les chances de créer une entreprise appartenant à cette catégorie des très fortes croissances, un entrepreneur de 50 ans a environ 1,8 fois plus de chances d’y parvenir qu’un entrepreneur de 30 ans.

Même dans les secteurs technologiques, les hubs entrepreneuriaux ou parmi les entreprises réussissant une introduction en Bourse ou une acquisition, le mythe du jeune fondateur ne résiste guère aux données. Les chercheurs identifient notamment un facteur particulièrement déterminant : l’expérience préalable dans le secteur où l’on crée son entreprise. Ce n’est pas une grande surprise mais ça vaut le coup de le rappeler : celle ou celui qui connaît depuis vingt ans les problèmes non résolus d’un marché a probablement quelques avantages sur celui qui vient de le découvrir.

Cela ne signifie évidemment pas qu’un entrepreneur de 50 ans serait systématiquement meilleur qu’un entrepreneur de 25 ans, évidemment. Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas écrit. Mais j’aime bien traquer les stéréotypes et ici ces éléments suffisent à démonter une croyance étonnamment résistante : la jeunesse n’est pas une condition du succès entrepreneurial. Et à l’inverse, l’expérience constitue peut-être l’un de ses facteurs sous-estimés.

 

3. CE QUE L’ON ACCUMULE EN PRENANT DE L’ÂGE

Car entreprendre demande évidemment de l’énergie, de l’audace, une certaine tolérance au risque et une capacité à supporter l’incertitude. Mais aussi d’autres choses : connaître intimement un marché ; comprendre ses clients ; savoir recruter ; avoir déjà encaissé quelques crises et développé son antifragilité – sa capacité à se relever, voire, mieux encore, à se renforcer dans les crises ; distinguer un vrai problème d’une fausse urgence ; savoir qu’une excellente idée n’est pas (hélas) nécessairement un bon business ; repérer plus vite une erreur parce qu’on l’a déjà faite ; mobiliser ses contacts et savoir qui appeler en cas de besoin ; ou à qui faire confiance ; et, surtout, avec qui s’associer – en même temps qu’avec qui ne surtout PAS s’associer.

Autrement dit : une grande partie des actifs nécessaires à l’entrepreneuriat s’accumulent avec le temps. Le réseau est plus vaste. La connaissance d’un métier est plus profonde. Les compétences managériales ont été éprouvées. La crédibilité vis-à-vis de certains clients ou partenaires est plus forte. Les erreurs des vingt ou trente années précédentes deviennent elles-mêmes une ressource, un capital accumulé, un livre ouvert de business.

L’étude Bpifrance le confirme très concrètement. Parmi les entrepreneurs de plus de 50 ans interrogés, 64 % disent s’appuyer sur des contacts développés tout au long de leur carrière, facilitant les partenariats ou l’accès aux premiers clients. Et parmi ceux qui entreprennent pour la première fois après 50 ans, 62 % étaient auparavant cadres dirigeants. On comprend mieux dès lors pourquoi l’expérience sectorielle identifiée dans l’étude américaine joue un rôle aussi important : un entrepreneur de 55 ans ne démarre pas de zéro mais avec trente années d’apprentissage.

 

4. ENTREPRENDRE PLUS TARD – MAIS AUSSI POUR AUTRE CHOSE ?

Il semble aussi que l’expérience accumulée ne modifie pas seulement les chances de réussite d’un projet entrepreneurial, mais aussi sa finalité. Selon l’étude de Bpifrance, 28% des entrepreneurs de plus de 50 ans interrogés portent un projet intégrant une mission sociale ou environnementale. Et une autre étude Bpifrance sur les dirigeants de PME-ETI face à l’urgence climatique montre que 71% des dirigeants de 55 à 64 ans déclarent agir par conviction face aux enjeux climatiques… contre 62 % des moins de 40 ans. La relation entre âge et engagement n’est certes pas linéaire (ce chiffre redescend à 56 % après 65 ans) mais ces résultats invitent à dépasser l’idée selon laquelle les plus jeunes seraient forcément les plus engagés.

Il y a là une hypothèse intéressante : après plusieurs décennies de vie professionnelle, entreprendre peut devenir moins une manière de faire carrière qu’une occasion de choisir de consacrer les années qui viennent à ce qui compte vraiment. Une entrepreneure interrogée par Bpifrance le résume joliment : « ce qui me nourrit, désormais, c’est d’apporter quelque chose aux autres. » L’expérience, les compétences et les réseaux accumulés peuvent alors être mis au service d’une ambition sociale ou environnementale, sans renoncer pour autant à la performance économique (mais en remettant celle-ci à sa place, si j’ose dire : celle d’un moyen plutôt que d’une fin en soi).

Mais il y a peut-être un autre bénéfice collatéral, moins évident. Plusieurs travaux scientifiques suggèrent que le maintien d’activités choisies, socialement stimulantes et porteuses de sens est associé à un meilleur bien-être et à un meilleur fonctionnement cognitif chez les personnes avançant en âge. Une revue systématique publiée en 2024 dans Geriatric Nursing (!) relève ainsi une association positive entre bénévolat et fonctionnement cognitif dans 16 des 17 études examinées. On ne peut pas nécessairement en déduire que le #seniorpreneuriat serait un bon moyen de prévenir la dépendance : la création et la direction d’une entreprise peuvent aussi être stressantes, solitaires et épuisantes. A l’inverse, les personnes en meilleure santé sont davantage susceptibles de rester actives de toute façon.

Mais cela ouvre une piste que je trouve passionnante : et si la longévité active pouvait produire un double dividende ? D’un côté, de la valeur pour la société (des entreprises créées ou reprises, des emplois, des innovations, des solutions écologiques et solidaires, des territoires revitalisés) et de l’autre, de la valeur pour les individus eux-mêmes (des liens sociaux, un sentiment d’utilité prolongé, des capacités entretenues et potentiellement une meilleure qualité de vie).

Cette contribution ne doit d’ailleurs pas nécessairement passer par l’entrepreneuriat ou même par l’emploi. Elle pourrait aussi prendre la forme d’un volontariat senior, plus structuré et plus durable que le bénévolat occasionnel, permettant à des personnes qui ont quitté leur activité professionnelle de mettre leur expérience au service de projets d’intérêt général, de la transition écologique, de la solidarité ou de leur territoire. Un tel dispositif pourrait notamment favoriser la coopération entre générations et offrir une continuité d’engagement au-delà de la retraite.

Il ne s’agit évidemment pas d’imposer à chacun de rester actif ou productif jusqu’à 80 ans, ni de faire du vieillissement réussi une nouvelle injonction. Mais de donner davantage de possibilités à celles et ceux qui le souhaitent de continuer à entreprendre, apprendre, contribuer et transmettre,. Et peut-être de découvrir que la longévité n’est pas seulement un défi pour notre modèle social, mais aussi une ressource pour le réinventer.

 

5. À 55 ANS, ON PEUT PARFAITEMENT COMMENCER

Les parcours recueillis par Bpifrance sont à cet égard assez réjouissants.

Après trente ans de carrière salariée en France et à l’international, Hubert de Launay a créé XPERTZON | Recrutement de talents seniors (45 ans et +) à 55 ans. Son projet consiste précisément à valoriser l’expertise de cadres expérimentés immédiatement opérationnels. Il explique combien les années accumulées lui ont apporté à la fois un réseau, une légitimité et une capacité à relativiser les difficultés inhérentes à toute création d’entreprise.

Laurence Baron a suivi un chemin très différent. Chercheuse passée par l’Institut Pasteur et les biotechnologies, elle avait dirigé un laboratoire pendant dix ans lorsque, à 49 ans, elle s’est retrouvée confrontée à un discours malheureusement familier : France Travail lui explique alors qu’elle risque d’avoir du mal à retrouver un poste à son âge. Elle crée Kaptitude à 50 ans, développe une activité d’e-learning et réussit même à faire entrer un fonds au capital.

Xavier Datin, lui, quitte Schneider Electric à 53 ans après trente années de carrière internationale et prend les commandes d’i2S • Innovative Imaging Solutions , une entreprise technologique du Sud-Ouest. L’entreprise repositionne ensuite sa stratégie, cède une activité non stratégique et réalise deux acquisitions. Sa première carrière ne disparaît pas : elle nourrit la suivante.

Et les exemples les plus spectaculaires viennent peut-être de la recherche, où l’âge peut devenir un formidable capital entrepreneurial. Alix Gicquel chercheuse et professeure à l’Université Sorbonne Paris Nord , a ainsi créé Diam Concept à 64 ans pour industrialiser une technologie de diamant de synthèse développée au fil de ses travaux de recherche. Plutôt que de considérer les décennies passées au laboratoire comme l’aboutissement d’une carrière, elle en a fait le point de départ d’une aventure entrepreneuriale – transformant une expertise scientifique accumulée au fil des années en innovation industrielle.

Plus frappant encore : Bpifrance raconte dans son étude – anonymement cette fois – l’histoire d’une chercheuse du CNRS devenue entrepreneure à 74 ans. Mise à la retraite contre son gré alors qu’elle souhaitait continuer à chercher, elle choisit de transformer quinze années de travaux scientifiques en projet entrepreneurial. Avec un collègue, elle rachète au CNRS, à l’Inserm et à l’université les brevets issus de leurs recherches et cofonde une biotech pour développer une biothérapie innovante contre les maladies infectieuses. Son projet est aussi intimement personnel : elle a perdu un enfant à la suite d’une infection aiguë et dit avoir, selon ses propres mots, « un compte à régler avec les maladies infectieuses ». Depuis 2021, les deux chercheurs consacrent à leur projet leur temps, leur énergie et leurs propres économies, sans encore en tirer de revenu au moment de l’enquête.

Hors de l’étude BPI, les exemples ne se limitent évidemment pas à la recherche ou à la technologie. Après une carrière dans les ressources humaines, Catherine Bréard a ainsi décidé, à la soixantaine, de transformer sa passion pour la pâtisserie en entreprise. Avec son mari Philippe, elle part au Japon en 2017 pour y commercialiser sa mousse au chocolat, primée à Paris. Le couple investit ses économies dans l’aventure, près avoir essuyé des refus de financement liés notamment à son âge. Le succès rencontré à Tokyo n’empêche pas les difficultés, mais Catherine poursuit aujourd’hui son aventure entrepreneuriale en France, ses palets normands étant de surcroît fabriqués avec des entreprises adaptées.

Autre exemple ; celui de Marion Den Hollander et Stéphane MARINIER, qui reprennent en 2017, à respectivement 52 et 59 ans, Cofransel, une entreprise spécialisée dans la réfection de sièges. Forts de leurs expériences dans la finance et l’organisation des entreprises, ils diversifient progressivement l’activité, initialement tournée vers les transports, vers les salles de spectacle, le mobilier professionnel, le secteur médical et les particuliers. Une belle illustration de ce que l’expérience peut apporter à la reprise d’entreprise, mais aussi à l’économie circulaire : plutôt que remplacer les sièges et fauteuils, on les répare et on prolonge leur durée de vie.

Et puis il y a Emmanuelle Fylla Saint Eudes, qui lance à 55 ans Efyse Paris , une marque de mode née de son expérience du secteur et de son envie de proposer une autre représentation des femmes de plus de 50 ans. Après une première carrière dans le prêt-à-porter, elle a transformé sa connaissance du métier en un nouveau projet entrepreneurial, qui entend aussi bousculer les stéréotypes de l’âge dans la mode.

Bref, qu’il s’agisse de pâtisserie, de mode, de recherche scientifique ou de reprise d’entreprise, ces trajectoires racontent finalement une même histoire : à 50 ou 60 ans, l’expérience accumulée ne sert pas seulement à transmettre ce que l’on sait déjà faire. Elle peut aussi devenir le point de départ de quelque chose de radicalement nouveau. Voilà qui relativise le vocabulaire de « fin de carrière », qui mériterait sérieusement d’être revisité. La formule de l’ex-DG de l’ Apec – Association Pour l’Emploi des Cadres m’est restée. Car à 55 ans, avec un tiers de sa vie professionnelle devant soi, pourquoi parler de sortie quand on pourrait parler de nouveau départ ? Il peut s’agir de créer une entreprise, de reprendre une PME et de préserver ses emplois, de passer indépendant, de s’associer avec quelqu’un de vingt ans de moins, de transformer une expertise acquise pendant trente ans en nouvelle activité, de monter un projet à impact, de reprendre un commerce, de valoriser une recherche. Ou simplement décider qu’après une longue première séquence professionnelle, il est temps de faire quelque chose de radicalement différent et de poursuivre peut-être un rêve qui revient de loin.

 

6. ET SI CERTAINES DE NOS FACULTÉS LES PLUS UTILES À L’ENTREPRENEURIAT ARRIVAIENT JUSTEMENT À MATURITÉ ?

Il y a une autre raison de regarder différemment ces trajectoires : notre cerveau ne vieillit pas aussi simplement qu’on le raconte. Une étude publiée fin 2025 dans la revue scientifique Intelligence par Gilles E. Gignac, de l’Université d’Australie-Occidentale, et Marcin Zajenkowski, de l’Université de Varsovie, a compilé les résultats de travaux scientifiques portant sur seize dimensions cognitives et psychologiques et les a placées sur une même échelle afin d’observer leur évolution avec l’âge.

Certaines capacités intellectuelles dites « fluides » – notamment la vitesse de traitement ou certains types de raisonnement – atteignent effectivement leur maximum relativement jeunes avant de diminuer. Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire, car d’autres capacités évoluent différemment : l’intelligence cristallisée, nourrie des connaissances et de l’expérience, certaines dimensions de l’intelligence émotionnelle, le raisonnement moral, la « litteracy » financière, la résistance à certains biais cognitifs ou encore certains traits de personnalité connaissent des trajectoires beaucoup plus tardives.

Les chercheurs ont donc construit un indice composite combinant ces différentes dimensions. Leur résultat est étonnant : selon leurs deux modèles, le fonctionnement cognitif et psychologique global atteint son maximum entre 55 et 60 ans. Ce qui est évidemment une moyenne – les trajectoires individuelles différant considérablement.

L’enjeu n’est donc évidemment pas de remplacer le mythe du jeune génie par celui du sexagénaire omniscient ! Mais cette étude nous oblige au moins à sortir d’une représentation linéaire du vieillissement. Certaines facultés diminuent. D’autres se maintiennent. D’autres encore progressent longtemps. Et parmi celles qui arrivent relativement tard à maturité figurent précisément des capacités particulièrement intéressantes pour entreprendre : expérience accumulée, recul, stabilité, capacité de jugement, compréhension de situations complexes.

Pour le dire autrement : vieillir n’est donc pas seulement perdre, c’est aussi accumuler.

 

7. LES FEMMES SE LANCENT PLUS TARD – ET CE N’EST PEUT-ÊTRE PAS UN HASARD

L’étude de Bpifrance fait apparaître un autre résultat particulièrement intéressant : les femmes entrepreneures se lancent de manière générale plus tard que les hommes.

Parmi les entrepreneures interrogées, 30% ont ainsi créé leur première entreprise entre 50 et 60 ans, contre 21% des hommes. Et 7% des femmes interrogées se sont lancées après 60 ans, contre seulement 2% des hommes.

On peut y déceler plusieurs choses. À cet âge, les charges familiales peuvent commencer à diminuer. Les enfants ont grandi. Certaines femmes disposent enfin de davantage de temps pour elles-mêmes et pour leurs projets. L’expérience accumulée leur donne également une expertise, un réseau et aussi, sans doute, une confiance professionnelle qu’elles avaient moins à 30 ans.

Mais il y a aussi une lecture beaucoup moins réjouissante. Car c’est précisément à cet âge que certaines femmes rencontrent un plafond professionnel qui devient de plus en plus épais. La Fondation des Femmes a consacré en 2025 une note au « coût de la séniorité des femmes ». À partir de données de l’Insee , elle estime qu’entre 40 et 60 ans, une femme perd en moyenne 7.862 euros de revenus par an par rapport à un homme, soit 157.245 euros sur vingt ans. Dans le secteur privé, le manque à gagner atteint 159.000 euros. Ce différentiel résulte évidemment d’une accumulation de mécanismes : carrières plus discontinues, maternité, temps partiel, responsabilités familiales, plafond de verre, et enfin l’âgisme qui vient s’ajouter aux inégalités déjà accumulées.

Mais ce chiffre apporte un contrepoint essentiel à notre histoire seniorpreneuriale. Car entreprendre après 50 ans peut être une formidable voie d’émancipation – sauf qu’entreprendre parce qu’on a enfin envie de réaliser son projet n’est pas la même chose qu’entreprendre parce que personne ne veut plus vous recruter.

Bpifrance souligne d’ailleurs elle-même cette limite de son étude : son échantillon saisit imparfaitement les entrepreneurs « contraints », ceux pour lesquels la création d’activité constitue d’abord une réponse au chômage ou à l’impossibilité de retrouver un emploi. Et les femmes entrepreneures de plus de 50 ans continuent à rencontrer des obstacles spécifiques, notamment lorsqu’elles cherchent des financements non bancaires car elles pâtissent de biais persistants dans l’écosystème de l’investissement. Résultat : seules 25% des entreprises dirigées par des femmes seniors comptent plus de 10 salariés, contre 51% pour leurs homologues masculins. Ce, alors même que leur taux de réussite est tout aussi élevé, sinon supérieur, à celui des autres profils d’entrepreneurs.

Ce que Laetitia Vitaud Caroline Taconet et Katerina Zekopoulos écrivent dans leur projet Vieilles en puissance (newsletter, podcast, etc.) est à cet égard particulièrement juste : à force de vouloir corriger le récit négatif du vieillissement, attention à ne pas fabriquer une nouvelle injonction au « vieillissement réussi » – dans laquelle il faudrait nécessairement être à 55 ans plus libre, plus audacieuse, plus épanouie et, pourquoi pas, créer sa start-up.

On ne vieillit pas toutes et tous avec les mêmes ressources économiques, sociales ou relationnelles. Mon propos n’est donc surtout pas ici de transformer les plus de 50 ans en super-héros de l’entrepreneuriat. Il est de leur laisser réellement le choix.

 

8. POURQUOI L’ENTREPRISE DÉVALORISE-T-ELLE CE QUE L’ENTREPRENEURIAT VALORISE ?

Voilà au passage un paradoxe fascinant qui mérite que l’on s’y attarde. Dans l’entrepreneuriat, les cheveux blancs peuvent rassurer un client, un fournisseur, un partenaire ou un investisseur. L’expérience devient crédibilité ; le réseau devient accélérateur ; les erreurs passées deviennent apprentissage ; et la connaissance d’un secteur devient avantage concurrentiel.

Mais dans l’entreprise salariée, au même âge, ces mêmes caractéristiques peuvent soudain devenir… un coût. On recrute moins, on forme moins, et les perspectives de mobilité diminuent : on commence à parler de transmission, puis de succession, puis de départ. Comment expliquer qu’une même personne puisse être considérée comme « trop âgée » pour être recrutée par une entreprise et suffisamment expérimentée pour en créer une ?

Cette contradiction mérite à elle seule d’être explorée. Dans son livre L’Atout âge, Laetitia Vitaud avance l’idée très pertinente de rendre visibles ces mécanismes en créant un indice d’égalité démographique, inspiré de l’Index de l’égalité professionnelle femmes-hommes. Elle propose de mesurer cinq dimensions : l’équité dans les recrutements, l’accès à la formation, l’évolution professionnelle, la rémunération et le maintien dans l’emploi.

L’idée est simple : ce que l’on ne mesure pas reste largement invisible. Ce n’est évidemment pas directement un sujet d’entrepreneuriat. Mais l’entrepreneuriat agit ici comme un formidable révélateur : comment se fait-il qu’un capital considéré comme précieux lorsque quelqu’un crée ou reprend une entreprise soit si souvent déprécié lorsqu’il reste salarié ? L’idée de cet index est lancée, personnellement cela me trotte dans la tête depuis que je l’ai lue…

 

9. POURQUOI NE PAS MESURER UN « CAPITAL DE LONGÉVITÉ » ?

Et puisqu’on parle de mesure, ne nous manquerait-t-il tout simplement une notion pour désigner cet actif dont nous parlons ? Nous savons parler de capital financier, de capital humain, de capital intellectuel ou de capital social. Pourquoi ne pas parler aussi de capital de longévité ?

J’entends par là quelque chose d’un peu plus large que l’expérience. Le capital de longévité combinerait ce que l’on a accumulé (expertise, compétences, réseaux, connaissance des organisations et des secteurs, réputation, mémoire des crises et des réussites…) avec certaines capacités qui peuvent continuer à se développer avec l’âge (discernement, recul, stabilité émotionnelle, aptitude à reconnaître des situations déjà rencontrées, capacité à transmettre). Tout cela, avec une caractéristique essentielle propre à notre temps : à 50 ou 55 ans, on a beaucoup d’acquis derrière soi et encore beaucoup de temps devant soi. C’est cette combinaison qui me paraît nouvelle et intéressante.

L’âge n’est évidemment pas en soi une compétence. Une année supplémentaire n’a jamais (hélas) transformé automatiquement quelqu’un en meilleur manager ou en meilleur entrepreneur. Mais l’économie semble avoir un étrange problème de comptabilité : elle sait parfaitement mesurer le nombre d’années qui nous rapprochent de la retraite, beaucoup moins bien la valeur accumulée pendant ces années.

Et si je focalise ici sur l’entrepreneuriat, c’est qu’il est peut-être l’un des endroits où ce capital peut le plus facilement redevenir visible.

 

10. ET SI L’ERE DE L’IA RENFORÇAIT ENCORE CET AVANTAGE ?

L’intelligence artificielle ajoute une dimension passionnante à cette réflexion. On aurait pu intuitivement penser que la révolution de l’IA allait d’abord avantager les plus jeunes, supposés plus rapides à adopter les nouvelles technologies. Ce n’est pas nécessairement aussi simple. Car l’IA diminue radicalement le coût de nombreuses tâches qui constituaient jusqu’ici des barrières à l’entrée pour un entrepreneur seul ou une petite entreprise : rechercher de l’information, produire une première analyse, rédiger, traduire, créer une présentation, communiquer, explorer un marché, prototyper une idée, analyser des données.

Dans ce contexte, une personne qui possède une expertise profonde d’un secteur mais qui n’a ni équipe de communication, ni analyste, ni assistant, ni développeur peut désormais augmenter considérablement ses capacités. Et l’IA pourrait donc devenir une sorte d’exosquelette entrepreneurial !

Mais surtout, à mesure que produire devient plus facile, une autre capacité semble devoir prendre davantage de valeur : juger. Pour savoir si une réponse est plausible, identifier ce qui manque, poser la bonne question, comprendre le contexte, repérer une hallucination ou une absurdité, distinguer ce qui est techniquement possible de ce qui est réellement utile, faire des arbitrages dans l’incertitude. Toutes capacités auxquelles l’expérience peut contribuer.

Tout ceci est déjà réel : une étude tout juste publiée par la Banque de France et HEC Paris montre qu’en quatre ans, les embauches en CDI des 21-29 ans ont reculé de 28,3% dans les métiers les plus exposés à l’IA générative (le journalisme, la programmation, la banque, les cabinets d’avocats, et autres cabinets de conseil…) – une inflexion qui se dessine au moment où les boîtes commencent à passer à l’IA (fin 2022) et ne fait que se confirmer depuis, au point que l’étude conclut que « (les entreprises) qui investissent le plus cette technologie sont celles qui freinent le plus le recrutement des jeunes ». A l’inverse, dans les professions les plus exposées à l’IA, la baisse des CDI se limite à 12% pour les plus de 50 ans. Le cocktail expérience + IA pourrait donc devenir l’une des combinaisons intra- et entre-preneuriales les plus intéressantes des prochaines années : beaucoup de savoir accumulé, augmenté par des outils qui réduisent spectaculairement le coût du passage de l’idée à l’action.

 

11. CHANGER LES IMAGINAIRES POUR CHANGER LES POSSIBLES

Pour revenir à l’une de mes obsessions du moment, peut-être faudrait-il, ici aussi, pour accompagner cette révolution, commencer par changer nos imaginaires. Car si les chiffres montrent que l’entrepreneuriat n’est pas réservé à la jeunesse, nos récits continuent largement à mettre en scène des fondateurs de 25 ans, génies précoces de la technologie ou aventuriers de la start-up. Où sont les grandes figures d’entrepreneurs qui se lancent à 55, 65 ou 75 ans ? Leur relative invisibilité dans nos récits économiques et médiatiques contribue sans doute à entretenir l’idée qu’après un certain âge, le temps de l’invention devrait céder la place à celui de la transmission.

Heureusement, quelques films et séries racontent autre chose. Dans Grace & Frankie, Jane Fonda et Lily Tomlin incarnent deux septuagénaires qui, loin de se résigner à une retraite tranquille, inventent des produits et se lancent dans l’entrepreneuriat. Dans Le Fondateur (The Founder, 2016), Michael Keaton incarne Ray Kroc, représentant de commerce de 52 ans qui découvre le restaurant des frères McDonald et décide d’en faire un empire mondial. Une aventure entrepreneuriale spectaculaire (même s’il y a beaucoup à dire sur les méthodes de Kroc à l’égard des fondateurs originels, loin d’être exemplaires). Et il n’est pas le seul à avoir révolutionné la restauration rapide après 50 ans – un fait amusant pour ce marché qui vise la jeunesse… Ainsi Harland Sanders, le célèbre colonel dont le visage est encore le logo de KFC, était-il déjà âgé de 62 ans, en 1952, lorsqu’il lance sa première franchise Kentucky Fried Chicken, après avoir exercé une multitude de métiers et passé des années à perfectionner sa recette de poulet frit (douze ans plus tard, à 74 ans, il revendra son entreprise pour 2M$ !). Deux histoires américaines devenues presque mythiques, qui rappellent qu’on peut encore bouleverser un secteur entier à un âge où beaucoup commencent à envisager la retraite.

Et il y a aussi cette histoire que j’adore, celle de Gert Boyle, alias « Ma Boyle », l’incroyable patronne de Columbia Sportswear Company. Devenue dirigeante à 46 ans, presque du jour au lendemain, après la mort de son mari, elle reprend avec son fils Tim une entreprise familiale de vêtements de plein air alors en difficulté et sera celle qui la transformera en marque mondiale. Mais le plus savoureux vient ensuite : en 1984, à 60 ans, elle devient elle-même l’égérie de Columbia dans une campagne publicitaire devenue culte, « One Tough Mother ». On la voit tester impitoyablement les vêtements de la marque sur son propre fils, envoyé dans une station de lavage automobile ou suspendu à une falaise ! Une sexagénaire autoritaire, drôle, intrépide, qui devient le visage d’une marque d’outdoor plutôt qu’une jeune mannequin sportive. Disparue en 2019 à 95 ans, Gert Boyle continuait à travailler pour Columbia quelques semaines avant sa mort. Une autre manière de rappeler que l’âge de la retraite n’est pas nécessairement celui où s’arrête l’envie d’entreprendre… mais aussi de bousculer les codes – et une illustration assez spectaculaire du fait qu’on peut non seulement continuer à entreprendre et à innover avec l’âge, mais aussi inventer de nouveaux récits qui contribuent au succès économique d’une entreprise.

Autre exemple : dans Le Nouveau Stagiaire (The Intern, 2015), Robert De Niro incarne Ben Whittaker, un veuf de 70 ans qui s’ennuie à la retraite et décide de devenir stagiaire dans une start-up de mode en ligne dirigée par une jeune entrepreneure, interprétée par Anne Hathaway. D’abord accueilli avec scepticisme, il devient progressivement un appui précieux pour la dirigeante et ses équipes, grâce à son expérience, sa capacité d’écoute, son calme et son discernement. Ce n’est pas un entrepreneur, mais il incarne parfaitement ce que peut apporter la coopération entre générations : non pas la transmission à sens unique des anciens vers les jeunes, mais une riche diversité et complémentarité de regards, de compétences et d’expériences.

Ces récits nous rappellent finalement la même chose : l’audace, l’envie d’inventer et la capacité à contribuer n’ont pas de date de péremption. Et peut-être faudrait-il que le cinéma, les séries, la publicité et les médias racontent davantage ces histoires pour que nous commencions collectivement à envisager autrement les années qui s’ouvrent après 50 ans.

Il y a d’ailleurs un paradoxe assez amusant sur ce sujet. Les articles consacrés aux entrepreneurs de plus de 50 ans (que j’ai consultés pour cette newsletter) portent presque toujours des titres du genre « Entreprendre après 50 ans, c’est possible ! », « Créer sa boîte à 60 ans : ils ont osé ! » ou encore « Pas d’âge pour entreprendre ». Comme si le seniorpreneuriat relevait d’un exploit, pour ne pas dire d’une transgression. À force de souligner l’âge de ces entrepreneurs pour démontrer qu’il n’est pas un obstacle, nous contribuons paradoxalement à entretenir l’idée qu’il devrait en être un. Et cette newsletter n’échappe sans doute pas à la contradiction ! Peut-être aurons-nous vraiment changé de regard le jour où nous n’aurons plus besoin de préciser l’âge d’un entrepreneur pour trouver son histoire remarquable.

 

12. UNE IMMENSE RÉSERVE ENTREPRENEURIALE SOUS NOS YEUX

Il ne s’agit évidemment pas pour moi ici de décréter que chacun.e devrait créer son entreprise à 55 ou 60 ans. D’ailleurs tout le monde n’en a pas envie, et certain.e.s voient même avec bonheur se rapprocher l’heure de la « jubilation », comme le disent les Espagnols de ce que nous nommons la retraite. Il ne s’agit donc pas de remplacer un cliché par son contraire en transformant chaque quinquagénaire en entrepreneur providentiel.

Il ne s’agit pas non plus d’inventer une improbable « deuxième jeunesse ». À 50 ans ou plus, on n’a pas 25 ans – et tant mieux. Il s’agit simplement de cesser de confondre avancée en âge et diminution de la capacité à créer de la valeur.

Aujourd’hui, nous parlons constamment du vieillissement comme d’un coût : retraites, santé, dépendance, financement de notre modèle social. Beaucoup moins de la richesse économique que l’allongement de la vie pourrait permettre de créer.

Or les chiffres sur l’entrepreneuriat racontent une histoire beaucoup plus optimiste : les années accumulées ne sont pas seulement du temps passé. Elles peuvent devenir un actif productif. On peut se lancer ou recommencer à 50, 55, 60 ans – et parfois beaucoup plus tard. Ce qui pourrait répondre à plusieurs problèmes simultanément : le faible taux d’emploi des plus de 55 ans, la transmission des entreprises, la revitalisation de certains territoires, le besoin d’entrepreneurs à impact et, pourquoi pas, la transmission intergénérationnelle des compétences.

Si notre économie, comme toujours, sait remarquablement bien comptabiliser ce que l’âge coûte, elle mesure donc beaucoup moins bien ce qu’il apporte – et encore moins le « coût de l’inaction » et ce qu’elle perd lorsqu’elle cesse trop tôt de l’utiliser.

Alors la vraie question est sans doute : que faudrait-il changer pour permettre à beaucoup plus de personnes de transformer leur expérience accumulée en entreprises, en emplois et en innovations ? Des financements mieux adaptés ? Des dispositifs d’accompagnement qui ne soient pas implicitement pensés pour des trentenaires ? Davantage de reprises d’entreprises plutôt que de créations ex nihilo ? Des binômes intergénérationnels ? Des passerelles plus simples entre salariat, entrepreneuriat et retraite ? Des investisseurs capables de voir dans l’âge un actif plutôt qu’un risque ? Et, comme toujours, de nouveaux récits permettant de faire changer les normes sociales ?

Il y a là, me semble-t-il , tout un champ à explorer. Car l’une des grandes réserves entrepreneuriales des prochaines décennies est peut-être déjà là, sous nos yeux. Et elle a plus de 50 ans.

 

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