En France (métropole et DOM), près de 40 % des emplois dépendent directement ou indirectement de l’océan : 14,4 % de manière directe, via les ressources, les milieux ou les infrastructures maritimes, et 26 % de manière indirecte à travers les chaînes de valeur. À mesure que les écosystèmes marins se dégradent, ce sont donc des actifs, des emplois, des infrastructures et des filières entières qui se trouvent fragilisés. Pourtant, alors même que l’océan constitue un pilier du fonctionnement de notre économie, il reste largement absent des stratégies d’entreprise.
Surpêche, agriculture intensive, transport maritime ou pollution plastique : les océans subissent aujourd’hui de fortes pressions liées aux activités humaines. Les conséquences économiques sont déjà visibles. L’acidification des océans (+30 % depuis l’ère préindustrielle), la surexploitation d’un tiers des stocks halieutiques ou la disparition accélérée des récifs coralliens menacent la sécurité alimentaire, la stabilité des chaînes d’approvisionnement, l’assurabilité des zones côtières et l’économie touristique mondiale.
Cette situation repose en partie sur une perception réductrice de l’océan. D’une part, l’idée que seules les entreprises exploitant directement les ressources marines ou situées sur le littoral seraient concernées. D’autre part, une vision limitée de l’océan aux seuls espaces côtiers, alors même que ses équilibres dépendent largement d’activités situées loin du littoral, dans les bassins versants et les territoires intérieurs.
Comment les entreprises peuvent-elles ignorer un actif naturel dont dépendent, directement ou indirectement, 11 millions d’emplois en France ? Quelles filières portent la plus grande part de responsabilité dans la dégradation des océans ? Et surtout, comment passer d’une logique défensive à une véritable stratégie océan, intégrée au modèle économique des entreprises ?
Pour répondre à ces questions et rendre visible les liens entre l’économie et l’océan, UTOPIES publie l’étude « L’océan, angle mort des stratégies d’entreprise », dans la continuité de la tribune publiée dans Le Monde à l’occasion de la Conférence des Nations unies sur l’océan tenue à Nice en juin dernier. Réalisée en partenariat avec Crédit Mutuel Arkéa, Mauritius Commercial Bank (MCB) et Seafoodia / Pure Ocean, cette étude met en lumière l’ampleur des dépendances économiques à l’océan et les impacts des activités humaines sur les ressources marines. Elle propose également des pistes d’action concrètes pour les entreprises et les territoires, ainsi qu’une approche d’efficience bleue, visant à faire mieux avec moins afin de préserver et restaurer la capacité productive de l’océan.
Qu’il s’agisse de mesurer sa dépendance à l’océan ou son impact sur les écosystèmes marins, toute entreprise est aujourd’hui concernée, quel que soit son secteur ou sa localisation. Ce double constat – dépendance massive et impacts sous-estimés – invite les entreprises à passer d’une logique défensive à une stratégie océan pleinement intégrée au modèle économique, déployée sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’éco-conception à la logistique.
Ce que les entreprises ont appris à faire pour le climat, elles doivent désormais le faire pour l’océan… et l’eau douce, car la mer commence souvent très loin de la mer.
La France, via sa Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) vise une baisse de 40% de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2030 par rapport à 1990. Pour le moment, le pays ne tient pas ses engagements et peine à réduire ses émissions de GES. Dans son rapport annuel publié en juin 2022, le Haut Conseil pour le Climat avertissait ainsi que “le rythme annuel de réduction des émissions de la France devra plus que doubler pour atteindre -4,7% en moyenne sur la période 2022-2030”.
Si les efforts pour renforcer la baisse des émissions en France sont essentiels à l’atteinte de l’objectif de neutralité carbone en 2050, ils laissent pourtant dans l’ombre un autre chantier, tout aussi nécessaire et porteur d’opportunités pour les territoires : celui de la réduction des émissions liées aux importations. Ces émissions, générées par la production à l’étranger de produits ou de services importés puis consommés en France, représentent la moitié de l’empreinte carbone du pays, mais ne sont pas – ou peu – visées par les politiques nationales.
Comment définit-on l’empreinte carbone, et que peut-elle nous apprendre sur les vulnérabilités, non seulement climatiques, mais aussi économiques, des politiques locales et nationales ? Comment la réduction des importations les plus carbonées peut-elle également renforcer la résilience des territoires, en diversifiant leur tissu économique et en limitant leurs dépendances stratégiques ? En détaillant la nature des importations les plus contributrices à l’empreinte carbone, et les moyens d’action dont disposent les collectivités territoriales et leurs partenaires pour réduire ces importations, cette note entend contribuer au débat public sur les modalités d’un développement répondant à la fois aux enjeux économiques et au défi climatique.

Nous avons calculé, grâce à notre outil Locanomics l’empreinte carbone des régions françaises (hors DROM COM). Cette analyse fait apparaître de fortes disparités à l’échelle des régions françaises. Rapportée au nombre d’habitants, l’empreinte carbone oscille entre 8,15 et 9,6 tonnes par habitant et par an — bien loin dans tous les cas des 2 tonnes qui sont communément considérées comme le seuil de soutenabilité à l’horizon 2050.

Pour atteindre l’objectif de 2tCO2eq par habitant à horizon 2050, trois stratégies complémentaires peuvent être envisagées :

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