Quels sont les objectifs de ACT Biodiversité ?
ACT Biodiversité est une méthodologie qui vise à évaluer la crédibilité et la robustesse du plan de transition nature d’une entreprise et s’inscrit donc bien dans la continuité historique développée initialement dans ACT Climat. L’objectif est toujours double :
La méthode couvre la chaîne de valeur de l’entreprise, avec une attention particulière portée aux impacts à forts enjeux, qui se situent le plus souvent en amont (matières premières, pratiques agricoles, extraction, transformation). Elle permet ainsi de relier les objectifs stratégiques de l’entreprise à des leviers opérationnels concrets.
Comment avez-vous développé ACT Biodiversité ?
La méthode a été construite en partenariat avec l’Office français de la biodiversité (OFB), et avec l’appui d’un comité scientifique et technique réunissant plusieurs cabinets et experts (UTOPIES, I CARE, BL). Par ailleurs, une consultation publique a été organisée, au cours de laquelle de nombreux retours ont été reçus de la part d’acteurs économiques, institutionnels et d’experts. Ces contributions ont nourri une première version amendée de la méthode.
Elle a ensuite bénéficié d’une expérimentation terrain, menée avec 13 entreprises volontaires, issues de secteurs variés, évalués par le bureau d’études EVEA afin de confronter la méthode à des cas réels. Cette expérimentation a permis d’identifier à la fois les points forts de l’approche et les principales difficultés rencontrées par les entreprises et les consultant.e.s, notamment en matière d’accès à la donnée.
Quels sont les principaux enseignements du test ACT Biodiversité conduit avec une 10aine d’entreprises ?
Le constat global est l’insuffisance, chez la majorité des entreprises testées, de plan de transition nature formalisé en tant que tel. Peu d’entre elles disposent d’une démarche structurée couvrant l’ensemble des étapes proposées par ACT Biodiversité : définition d’objectifs, pratiques de production et biodiversité, engagement de la chaîne de valeur et réflexion sur l’adaptation du modèle d’affaires.
Dans le détail, la première porte d’entrée – l’analyse de matérialité – constitue déjà un point de blocage majeur. Cette étape est pourtant centrale, car elle permet d’identifier les principales pressions matérielles sur la biodiversité et leur répartition entre les opérations directes et l’amont. Or, les bases de données disponibles (ENCORE, UNEP-WCMC, etc.) peuvent conduire à des résultats divergents pour une même activité économique, ce qui complique ensuite la pertinence de certains indicateurs de pressions déclenchés par cette analyse de matérialité. Nous allons donc intégrer davantage de recommandations sur cette étape : aussi bien pour l’entreprise que pour la personne qui évalue.
Ensuite, les pressions identifiées ne sont pas systématiquement mises en lien avec l’état de la nature, ce qui s’explique en partie par des contraintes opérationnelles compréhensibles : lorsqu’une entreprise dispose de dizaines, voire de centaines de sites à travers le monde, la question de l’accès à la donnée et de la priorisation devient complexe. Des guidances existent néanmoins, notamment via le standard SBTN (Etape 1 & 2 : évaluer et prioriser). Une montée en compétences globale est indispensable, tant la complexité du sujet est élevée, ce qui souligne d’autant plus son importance.
Enfin, des difficultés persistent concernant la définition des périmètres et l’agrégation des pressions pour les groupes multi-filiales, opérant dans plusieurs activités économiques.
Malgré ces limites, des données disponibles et précises ont permis de confirmer la pertinence de certains indicateurs (5. Management, 6. Engagement Clients, 7. Engagement Fournisseurs) et des meilleures pratiques ont été observées (traçabilité, politique d’achat, baisse de la consommation d’eau).
Les données demandées dans la méthodologie se basent sur les exigences de transparence de la CSRD, et certaines entreprises ont profité de cette phase d’expérimentation pour réellement structurer leur stratégie et mieux identifier les points de données essentiels à publier. Les ESRS étant actuellement engagés dans un processus de simplification, il conviendra d’en observer les aboutissements afin de s’y aligner et de rester au plus près des exigences les plus récentes.
Une version finale est prévue pour mars/avril 2026.
Contacts : anatole.metais-grollier@ademe.fr ; lise.madec@ofb.gouv.fr